Le Monde Diplomatique

cycle 2003/2004
BERNARD STIEGLER
"MALAISE DANS LA CULTURE"
Mercredi 11 février 2004 à 21h00

> mercredi 11 février à 21h
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L'art de la prospective nous apparaît aujourd'hui comme une nécessité sociale et intellectuelle. Les tendances contradictoires de notre civilisation, entre fort retour des archaïsmes et essor sans garde-fou des techno-sciences, nous laissent désemparés face à des promesses fabuleuses ou des périls épouvantables. Les logiques de la mondialisation économique nous laissent sans recours face à une rationalité froide et des dégâts planétaires parfois irréversibles.
Le besoin d'une lecture plurielle de nos futurs possibles se fait de plus en plus sentir et nous avons demandé à des chercheurs passionnés par la complexité, la transversalité et l'anticipation de nous rejoindre pour débattre ensemble.

Edgar MORIN, le 15 octobre, a ouvert ce cycle en nous interrogeant:"Avons-nous perdu le futur?". Jean-Pierre DUPUY, le 11 décembre, a questionné la responsabilité de la science quant à la possibilité même d'un avenir pour notre espèce et a envisagé le risque suprême de notre auto-destruction. Nous connaissons ce risque mais nous ne le croyons pas, et nous ne cherchons plus à comprendre "Pourquoi nous avons besoin de l'avenir".
Avec Bernard STIEGLER, nous aborderons la troisième étape de ce parcours futurologiste.


Bernard Stiegler, directeur de l'Ircam, est philosophe.
Il a été directeur de recherche au Collège international de philosophie, professeur à l'UTC (Université de Compiègne) et directeur de l'unité de recherche Connaissances, Organisations et Systèmes Techniques, qu’il a fondée en 1993, puis directeur général-adjoint de l'Institut National de l'Audiovisuel.
Dans son dernier ouvrage, "Aimer, s'aimer, nous aimer - du 11 septembre au 21 avril", Bernard Stiegler analyse l’uniformisation de nos perceptions, de nos comportements, de nos sensations, la transformation de chaque individu en consommateur moyen.
L'organisation de la consommation par les industries des médias à l'échelle mondiale conduit à la grégarisation des comportements et à la dissolution des émotions. Elle détruit la créativité et la sensibilité personnelles, l'auto-affirmation et l'estime de soi. Elle délie inexorablement tout un chacun du politique et de l'esthétique, et dans le même temps accomplit le divorce du politique avec l'esthétique.
En arrachant son voile médiatique et marketing à l'idéologie dominante, Bernard Stiegler nous démontre méthodiquement que peu d'entre nous vivent dans l'exaltation de leur individualité et d'une existence satisfaite et sensible.
Bien au contraire, la majorité souffre, de la perte de toute singularité, d'un narcissisme primordial indispensable à la projection de sa conscience, de son existence et surtout de son avenir.
La violence et l'insécurité dans lesquelles nous vivons relèvent avant tout d'une misère symbolique, et d'une perte du sens qui s'étendent toujours plus avant.
L'exploitation illimitée des esprits par les techniques du marketing et les industries dites culturelles, leur assimilation à des marchés mondiaux mettent désormais en danger les possibilités mêmes d'envisager notre avenir.
Bernard Stiegler pose un diagnostic lucide et précis sur les "malaises culturels" qui affectent notre existence intime et sociale, véritables symptômes à traiter de toute urgence.


Plein tarif 5 euros; Tarif réduit 4 euros

conférences-débats