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Andromaque

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Jean Racine |
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de Jean
RACINE
Mise en scène de Marie MONTEGANI
et Jacques FONTAINE
Avec David AYALA, Sophie AFFHOLDER, Véronique
AFFHOLDER, Marie MONTEGANI, Pierre MERMAZ,
Clémentine YELNICK,
Musique Olivier
Régie générale Stéphane
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Je ne sais s'il est possible de jouer
Racine aujourd'hui. Peut-être, sur scène,
ce théâtre est-il aux trois quarts mort.
Mais si l'on essaye, il faut aller jusqu'au bout. (...)
Comme pour le théâtre antique, ce théâtre
nous concerne bien plus et bien mieux par son étrangeté
que par sa familiarité : son rapport à nous,
c'est la distance. Si nous voulons garder Racine, éloignons
le.
Roland Barthes (sur Racine)
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Pourquoi la tragédie ?
La tragédie, objet imaginaire, n'existe
pas en tant que péripétie, drame, tranche de vie.
Elle existe en tant que phénomène esthétique,
poétique, théâtral, en tant que lieu magique
et espace interrogatif. Quand on a parcouru toute l'histoire de
l'homme dans le temps historique, on est loin d'avoir fait tout
son portrait. Quelque chose d'essentiel demeure dans l'ombre qui
s'éclaire que dans la tragédie. Je considère
pour ma part, la tragédie comme l'événement
théâtral par excellence, ce que le théâtre
apporte de radicalement différent de la vie et par là
même de plus éclairant sur la vie. Nous n'avons,
je crois, jamais eu autant besoin de la tragédie qu'à
présent pour repenser l'homme, le monde, son jeu et son
destin. Seule peut-être, la tragédie offre à
l'homme la chance de se représenter lui même jusque
dans ce qui reste en lui d'irreprésentable, de suspendu
au mystère même de son existence. Dans Andromaque,
échiquier mental et combat passionnel, le mythe se fait
déjà histoire et l'histoire vision et ordre politique.
Dans Andromaque, le désir est posé dans son intense
problématique qui relève à la fois du sang,
du pouvoir et du verbe : coup de sonde au milieu des énergies
destructrices. Dans Andromaque, la langue se fait hymne, célébration
du rythme et enchantement par la prosodie pour conjurer peut-être
la sauvagerie des coeurs et des sexes.
Jacques Fontaine
Pourquoi Andromaque?
Pourquoi Andromaque? Comme si cela
ne devait pas aller de soi. Monter un classique suppose t-il de
nos jours que l'on mette en avant les résonances contemporaines,
les échos d'actualité qui justifierait une telle exhumation?
La question est-elle de savoir pourquoi ou bien plutôt comment
? Pour moi la seconde question comprend la première. Le pourquoi
est dans la forme même, dans ce rituel qui prend chair du
néant pour y retourner, dans ce simulacre dont le héros
est le verbe.
Pourquoi monter Andromaque ? Je crois, tout simplement, pour le
théâtre, pour cette relation d'hommes à hommes
où se projettent toutes nos violences, cet état brut
originel qui s'incarne dans le raffinement même de la langue
de Racine. Paradoxe premier du théâtre, de lÕart
qui met la forme au premier plan. C'est pour moi le coeur même
de ce pourquoi, de ce mystère qui ne peut être révélé
que dans la relation intime au spectateur, dans 'l'ici et maintenant"de
la représentation.
Il me semble que le théâtre
ne peut sans se corrompre, sans s'affadir, sans cesser d'être
lui-même, chercher son pourquoi dans tel message politique,
sociologique, ou même psychologique. Pour moi, l'universalité
ou la modernité d'Andromaque ne résident pas dans
sa capacité à faire écho à nos problèmes
de société : ce qu'elle peut nous révéler
est d'un autre ordre que seul le comédien sur scène
peut nous faire approcher.
Marie Montegani
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Le
théâtre aura pour but de nous faire échapper
au temps que l'on dit historique, mais qui est théologique.
Dès le début de l'événement
théatral, le temps qui va s'écouler n'appartient
à aucun calendrier répertorié.
(...) Un autre temps, que chaque spectateur vit pleinement,
s'écoule alors et n'ayant ni commencement ni
fin, il fait sauter les conventions historiques necessitées
par la vie sociale, du coup il fait sauter aussi les
conventions sociales et ce n'est pas au profit de n'importe
quel désordre mais à celui d'une libération.
L'évenement dramatique étant suspendu
hors du temps historiquement compté, sur son
propre temps dramatique, c'est au profit d'une libération
vertigineuse.
Jean Genet (L'étranger mot d'...)
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Du Pourquoi au Comment...
Comment naît le théâtre ? Comment commencer
? Au commencement était le verbe : le verbe premier donne
vie aux personnages et les sort de leur néant. Il m'apparait
que la langue de Racine, le verbe, est le matériau et aussi
le véritable héros déchiré qui se
divise en voix, en personnages qui s'affrontent pour revenir à
l'unité première, au silence. Il est le véhicule
d'une émotion, il est le rythme de l'inconscient. La parole
fragmentée donne naissance à différents personnages,
génère le conflit, crée la tragédie
: ainsi les acteurs partiront du néant, du silence, de
l'obscurité. Ils seront recouverts de voiles (presque des
linceuls) comme déjà morts de la dernière
représentation, dans un hors temps. Ils s'animeront, se
dévoileront, prendront chair, au fur et à mesure
que la parole vivra.
Marie Montégani
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