Théâtre 95 de Cergy-Pontoise
 

  Andromaque
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> Jean Racine
 

de Jean RACINE
Mise en scène de Marie MONTEGANI
et Jacques FONTAINE

Avec David AYALA, Sophie AFFHOLDER, Véronique AFFHOLDER, Marie MONTEGANI, Pierre MERMAZ,
Clémentine YELNICK,

Musique Olivier
Régie générale Stéphane

 

 
Je ne sais s'il est possible de jouer Racine aujourd'hui. Peut-être, sur scène, ce théâtre est-il aux trois quarts mort. Mais si l'on essaye, il faut aller jusqu'au bout. (...) Comme pour le théâtre antique, ce théâtre nous concerne bien plus et bien mieux par son étrangeté que par sa familiarité : son rapport à nous, c'est la distance. Si nous voulons garder Racine, éloignons le.
Roland Barthes (sur Racine)



Pourquoi la tragédie ?

La tragédie, objet imaginaire, n'existe pas en tant que péripétie, drame, tranche de vie. Elle existe en tant que phénomène esthétique, poétique, théâtral, en tant que lieu magique et espace interrogatif. Quand on a parcouru toute l'histoire de l'homme dans le temps historique, on est loin d'avoir fait tout son portrait. Quelque chose d'essentiel demeure dans l'ombre qui s'éclaire que dans la tragédie. Je considère pour ma part, la tragédie comme l'événement théâtral par excellence, ce que le théâtre apporte de radicalement différent de la vie et par là même de plus éclairant sur la vie. Nous n'avons, je crois, jamais eu autant besoin de la tragédie qu'à présent pour repenser l'homme, le monde, son jeu et son destin. Seule peut-être, la tragédie offre à l'homme la chance de se représenter lui même jusque dans ce qui reste en lui d'irreprésentable, de suspendu au mystère même de son existence. Dans Andromaque, échiquier mental et combat passionnel, le mythe se fait déjà histoire et l'histoire vision et ordre politique. Dans Andromaque, le désir est posé dans son intense problématique qui relève à la fois du sang, du pouvoir et du verbe : coup de sonde au milieu des énergies destructrices. Dans Andromaque, la langue se fait hymne, célébration du rythme et enchantement par la prosodie pour conjurer peut-être la sauvagerie des coeurs et des sexes.

Jacques Fontaine

 

Pourquoi Andromaque?
Pourquoi Andromaque? Comme si cela ne devait pas aller de soi. Monter un classique suppose t-il de nos jours que l'on mette en avant les résonances contemporaines, les échos d'actualité qui justifierait une telle exhumation? La question est-elle de savoir pourquoi ou bien plutôt comment ? Pour moi la seconde question comprend la première. Le pourquoi est dans la forme même, dans ce rituel qui prend chair du néant pour y retourner, dans ce simulacre dont le héros est le verbe.
Pourquoi monter Andromaque ? Je crois, tout simplement, pour le théâtre, pour cette relation d'hommes à hommes où se projettent toutes nos violences, cet état brut originel qui s'incarne dans le raffinement même de la langue de Racine. Paradoxe premier du théâtre, de lÕart qui met la forme au premier plan. C'est pour moi le coeur même de ce pourquoi, de ce mystère qui ne peut être révélé que dans la relation intime au spectateur, dans 'l'ici et maintenant"de la représentation.
Il me semble que le théâtre ne peut sans se corrompre, sans s'affadir, sans cesser d'être lui-même, chercher son pourquoi dans tel message politique, sociologique, ou même psychologique. Pour moi, l'universalité ou la modernité d'Andromaque ne résident pas dans sa capacité à faire écho à nos problèmes de société : ce qu'elle peut nous révéler est d'un autre ordre que seul le comédien sur scène peut nous faire approcher.

Marie Montegani

 

 
Le théâtre aura pour but de nous faire échapper au temps que l'on dit historique, mais qui est théologique. Dès le début de l'événement théatral, le temps qui va s'écouler n'appartient à aucun calendrier répertorié. (...) Un autre temps, que chaque spectateur vit pleinement, s'écoule alors et n'ayant ni commencement ni fin, il fait sauter les conventions historiques necessitées par la vie sociale, du coup il fait sauter aussi les conventions sociales et ce n'est pas au profit de n'importe quel désordre mais à celui d'une libération. L'évenement dramatique étant suspendu hors du temps historiquement compté, sur son propre temps dramatique, c'est au profit d'une libération vertigineuse.
Jean Genet (L'étranger mot d'...)

 

Du Pourquoi au Comment...

Comment naît le théâtre ? Comment commencer ? Au commencement était le verbe : le verbe premier donne vie aux personnages et les sort de leur néant. Il m'apparait que la langue de Racine, le verbe, est le matériau et aussi le véritable héros déchiré qui se divise en voix, en personnages qui s'affrontent pour revenir à l'unité première, au silence. Il est le véhicule d'une émotion, il est le rythme de l'inconscient. La parole fragmentée donne naissance à différents personnages, génère le conflit, crée la tragédie : ainsi les acteurs partiront du néant, du silence, de l'obscurité. Ils seront recouverts de voiles (presque des linceuls) comme déjà morts de la dernière représentation, dans un hors temps. Ils s'animeront, se dévoileront, prendront chair, au fur et à mesure que la parole vivra.

Marie Montégani
saison 1998 - 1999