
avec Jean-Francis Maurel
scénographie et lumière
Gérard Poli
costumes
Dominique Louis
création sonore
Xavier Jacquot
La vie n’est qu’une ombre qui marche.
SHAKESPEARE
production Théâtre 95
L’Avant-Seine/Colombes
Compagnie L’Arbre-Théâtre
Compagnie Les Affinités électives
Texte à paraître
aux éditions de l’Amandier.
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texte et mise en scène Xavier Maurel
Sir Albert est un vieil acteur, habité encore par son rôle-fétiche : Macbeth. À moins que sir Albert ne soit Macbeth lui-même, rêvant qu’il n’aura été qu’un acteur. Ou encore qu’il ne s’agisse du lointain descendant d’un certain Macbeth, seigneur de Glamis et de Cawdor, lequel n’a jamais existé que sous la plume besaiguë de William Shakespeare. Quoi qu’il en soit en réalité, sir Albert est une figure hybride, mi-acteur mi-personnage, qui se souvient mieux de ce qui fut rêvé que de sa vie réelle. Il n’est pas très sûr d’ailleurs qu’il soit vieux. Peut-être n’estil encore qu’un enfant. Une femme le hante, un amour mort de ses propres mains, une actrice. À moins qu’il ne s’agisse d’une autre disparition, bien plus ancienne, immémoriale, dont il s’accuse pour ne pas l’accuser elle, la disparue… C’est un hommage au théâtre, des variations autour de l’indécidable, de la confusion et des alchimies étranges, aussi divines que maléfiques, qui s’y opèrent, parmi les rideaux de l’inconscient et sous les voiles indestructibles de l’artifice. C’est une méditation sur le devenir, sur la volonté de puissance et tout ce par quoi l’art du théâtre accomplit à chaque instant, et dans le temps même où il les liquide aussi, les prophéties nietzschéennes. C’est un monologue à plusieurs voix, la polyphonie affolée d’un esprit malheureux dans un corps supplicié – lequel, de l’esprit ou du corps le plus torture l’autre : voilà ce qui est indicible. C’est en outre un petit défi à la représentation : comment être visiblement plusieurs ? Ce sera donc, aussi, une performance d’acteur, nécessairement. Macbeth de Shakespeare. Une oeuvre mystérieuse, insondable, inépuisable, et qui porte malheur pour les Anglais, tellement qu’ils n’en prononcent jamais le titre, la désignant seulement comme « cette pièce écossaise » — that scottish play…
Macbeth…La malédiction
On prétend que Shakespeare, pour écrire le dialogue des sorcières du début
de la pièce, s’inspira de véritables incantions vouant ainsi à jamais la pièce
au malheur…
• En 1606, lors de la toute première représentation, un des jeunes acteurs
mourut et c’est Shakespeare lui-même qui dut le remplacer.
• En 1613, au Théatre du Globe, le feu se déclara. Tous les décors, costumes
et accessoires de Macbethdisparurent dans l’incendie.
• En 1703, Macbethétait à l’affiche à Covent Garden, lorsque l’Angleterre
subit la plus terrible tempête de mémoire d’homme. Des pluies diluviennes
et des vents d’une violence inouïe firent des centaines de victimes et firent
aussi de gros dégâts. Le port de Bristol fut pratiquement détruit. Certains
moralistes de l’époque prétendirent que l’ouragan était une manifestation
de Dieu choqué par la malveillance de Macbeth et qui voulait lui donner un
châtiment.
• Lors d’une autre représentation dans un autre théâtre londonien en 1731,
une querelle éclata dans le public et dégénéra. S’ensuivit une bagarre au
cours de laquelle le théatre fut presque entièrement saccagé.
• En automne 1808, Covent Garden ouvrit la saison avec Macbeth. Moins d’un
mois plus tard le théatre était la proie des flammes : vingt-trois personnes
y périrent et d’irremplaçables manuscrits et partitions furent détruits.
• En 1849, lors d’une représentation à New-York, la querelle qui couvait
depuis des années entre deux acteurs rivaux, l’Anglais William Charles
Macready et l’Américain Edwin Forrest, s’envenima. Le soir de la dernière,
les partisans de Forrest se rassemblèrent à la sortie du théatre dont les vitres
ne tardèrent pas à voler en éclats sous les jets de pierres. Appelée à la
rescousse la police tira sur la foule et tua une vingtaine de personnes.
• En 1937, au Old Vic de Londres, Macbeth, interprété par Laurence Olivier,
obtint un succès sans précédent. Le spectacle cependant faillit ne jamais voir
le jour. La directrice du théatre mourut durant les répétitions, le metteur en
scène et une des actrices furent blessés dans un accident et Olivier, enfin,
devint aphone puis faillit être écrasé par la chute d’un élément du décor.
• En 1947, à Oldham, en Angleterre, l’acteur Harold Norman répétait dans
sa loge certains passages du rôle principal. Lors de la représentation, au
moment où Macbeth se bat avec Macduff, Norman reçut un coup de poignard.
La blessure était superficielle mais la plaie s’infecta. Norman mourut un mois
plus tard. Peu après sa fille âgée de quelques mois mourut étouffée et sa
veuve sombra dans le désespoir et la folie.
• En 1960, un acteur, George Ostroska, déclara à un ami qu’il mourait de hâte
de jouer Macbeth. Il mourut en effet au début de la pièce d’une attaque
cardiaque…
Xavier Maurel
a collaboré pendant plus de dix ans avec Daniel Mesguich,
notamment à (La Métaphore)/Théâtre national de Lille,
où il était conseiller littéraire et artistique
et où il a mis en scène plusieurs spectacles.
Également scénariste pour la télévision et le cinéma,
il est l’auteur de plusieurs livres de poésie et de théâtre.
Depuis mai 2006,
il est conseiller artistique au Théâtre 95.
Il y a mis en scène en octobre 2006
L’Ile des esclaves de Marivaux.