théâtre 95direction Joël Dragutin


Mortagne au Perche

CAPITALE DE L’ESPERANCE PLANETAIRE
Cette saison encore aura vu Mortagne incarner un avenir durable, respectueux des générations passées et futures, solidaire, fraternel, écologique, humaniste, éthique et porteur d’utopies concrètes et progressistes ! Cette saison encore, Mortagne n’aura pas fait se lever de vaines espérances !

Il semble bien que l’esprit mortagnais, secondé et conforté par l’irrésistible esprit cergy-pontain1, soit appelé à triompher de l’Histoire et de ses Cassandre contemporains. Cet esprit d’aventure, d’ouverture et de courage qui inspira au philosophe Alain, soixante-huitard mortagnais, cette phrase prémonitoire : « espérer, c’est être heureux »2 ! Cet esprit d’espérance mortagnais se répand aujourd’hui à travers le monde et semble reconnu par les plus éminents chercheurs comme le coeur battant de la « culture mainstream » de notre époque ! Désormais s’installent à Mortagne, dans la plus grande discrétion, les plus emblématiques porteurs de ce flambeau étincelant.

Gregory House a ouvert son cabinet dans lequel il soigne les cas les plus rares grâce à ses talents « holmesques ». Ses yeux bleu acier répondent avec succès à toutes les espérances. Gabrielle Solis vient d’emménager dans un superbe pavillon en périphérie de la ville. Grâce à elle, les mortagnais de tous âges et toutes catégories socio-professionnelles se sont découverts une candide vocation de jardinier. Cultiver son jardin et prendre soin de celui de sa prochaine, voilà l’espérance folle d’une philosophie voltairienne du « care » qui augure bien d’un futur éblouissant. Lincoln Burrows et Michael Scofield ont été invités à enseigner les philosophies de la liberté et de la justice au Lycée Jean Monnet. Ils ont ouvert un cabinet de tatouage spécialisé dans la body-art reproduction des armoiries officieuses françaises telles que le mortagnais Jules Clément Chaplain les immortalisa. Ils inscrivent dans les âmes et les corps les clés symboliques de l’espérance de demain.

Ainsi peu à peu, les adeptes les plus fameux de l’espérance mortagnaise, choisissent cette capitale internationale de l’anonymat pour veiller à l’épanouissement de leurs principes, de leurs valeurs et de leurs croyances. Relever le défi de répondre sans faillir aux espérances à venir, tracer les lignes de force de notre futur, interroger la vacuité des mythologies contemporaines, apporter les premières pierres de la civilisation des siècles à venir.
Mortagne, entre présent et imaginaire, demeure bien notre phare en cette époque opaque. Mais nulle lumière ne saurait briller sans ombre, et de Cergy-Pontoise à Mortagne, chaque Français, en ce moment crucial de son histoire, se pose cette question légèrement angoissante : Mortagne sacrifiera- t-elle sa légende de capitale de l’anonymat sur l’autel de nos espérances ?

Valérie Battaglia


1 Auquel il nous faut cependant résister ici, car tel n’est pas le sujet de notre chronique. Un jour peut-être, pourrons-nous consacrer une plaquette de saison entière à l’étude comparée des espérances mortagnaises et cergy-pontaines, de leur union, de leurs défenseurs, de leurs contempteurs, et de leurs liens subtils mais solides. Car dans cette convergence entre ces deux forces spirituelles s’élabore le plus puissant des antidotes aux malaises contemporains.
2 Alain, Propos sur le bonheur, 1928


     Newsletter     |     Contact     |     Crédits