théâtre 95direction Joël Dragutin


Edito

À la violence répondons par un surcroît de culture… de civilité… d’urbanité.

Après l’incendie criminel dont le théâtre a été victime dans la nuit du 8 au 9 mai 2007, évidemment anonyme et non revendiqué, il nous semble évident que cet attentat prend une valeur emblématique et atteint, au-delà de nous, toute l’institution culturelle.
Cette agression, qui nous et vous a privés de la programmation de notre fin de saison, et tenant compte des indispensables travaux de réfection du théâtre (car une partie des locaux reste encore endommagée), nous contraint aujourd’hui d’adapter la programmation du premier trimestre de notre nouvelle saison à cette situation transitoire.
Comment ne pas être tristes et amers de constater qu’un théâtre, lieu de création, de rencontre, de débat, de tolérance et de réflexion, puisse à nouveau être pris pour cible par des délinquants irresponsables et ce quelques mois après l’attentat dont fut victime le Théâtre des Louvrais en 2005.
Ces actes violents s’inscrivent, n’en doutons pas, dans une logique de délitement du lien social et citoyen alors que paradoxalement l’action de lieux de culture tels que les nôtres participe quotidiennement à leur restauration. Pour notre part, nous continuerons d’opposer aux violences de toute nature qui hantent nos sociétés consuméristes et individualistes, toute l’intelligence et toute l’écoute dont nous serons capables en promouvant encore et toujours les ressources du symbolique contre les illusions du réel et en affirmant avec force à l’occasion de cette nouvelle saison que notre enthousiasme, lui, demeure intact.
Il convient de préciser à ce propos que, dans ce contexte éprouvant, sans le soutien essentiel de la Communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise, de ses élus et de ses services techniques, nous ne serions pas en mesure de vous ouvrir nos portes dès novembre avec notre rituel « classique de rentrée ». C’est en effet avec la création de Georges Dandin de Molière, dans une mise en scène « tonique » de Mario Gonzalez, que nous redémarrerons, et ce quelques jours après la soirée de lancement de saison qui devrait avoir lieu exceptionnellement le 20 octobre à 19 heures sur la place des Arts de Cergy.
Mais ce qui fait et fera la vitalité de ce théâtre, c’est votre présence, votre fidèlité. Dans cette perspective résolument positive, nous vous convions à toutes les rencontres que cette nouvelle saison vous propose, en espérant qu’elles vous surprennent, vous séduisent, vous amusent aussi, éveillent votre curiosité, d’autant plus que cette année 2008 verra le démarrage des travaux de construction de notre nouvel et bel équipement dès le printemps.

En effet la Communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise, le Conseil régional d’Ile-de-France, le département du Val d’Oise et le ministère de la Culture et de la Communication se sont associés pour que ce « Centre des écritures contemporaines », implanté au coeur du nouveau grand centre de Cergy-Pontoise repensé, remodelé, soit un vrai lieu de création, de rencontres, de formation et de sensibilisation à l’art dramatique contemporain, qu’il soit aussi à l’écoute et à la conquête de nouveaux publics et prêt à répondre à leurs attentes.
Le spectacle vivant lui-même ne cesse de se réinventer, de se transformer, de lancer des passerelles entre des modes d’expression qui ne revendiquent plus leur autonomie, leur identité, mais au contraire leur métissage dirait-on aujourd’hui. Ce lieu convivial, de création, de débat, d’échanges, d’invention dont nous rêvions depuis longtemps, nous l’avons bâti saison après saison. Aujourd’hui, il prend une forme concrète, il devient réalité tangible et, dans les épreuves que nous traversons, cela nous rend plus forts et nous encourage à tout mettre en oeuvre pour rassembler le public le plus large possible autour d’oeuvres originales, questionnantes, réjouissantes. C’est certes une mission passionnante mais aussi un véritable défi, nous en avons bien conscience.
Nous pouvons espérer que grâce à cette politique culturelle volontariste et fortement identitaire, dans laquelle le Théâtre 95 « scène conventionnée » s’inscrit complètement, ce nouvel équipement participe, à la mesure de ses moyens, à édifier à Cergy-Pontoise une cité plus humaine, plus porteuse de civilisation et d’avenirs, parce qu’ensemble, nous nous devons de construire le patrimoine artistique de demain, l’imaginaire collectif de notre génération et la mémoire de celles et de ceux qui nous succèderont.
C’est pourquoi nous avons toujours souhaité que notre théâtre, cet espace public, au-delà d’un lieu de création, de découvertes de textes et de formation, soit un lieu où puisse s’élaborer la réflexion et la compréhension des enjeux de notre société et de notre époque.
Vous le savez, notre programmation ne se veut pas un catalogue, une simple addition de talents, mais plutôt une rencontre sans cesse renouvelée avec ce qui se pense, ce qui se rêve, ce qui s’élabore aujourd’hui, sur le terrain esthétique comme sur les terrains philosophique, sociologique, politique même, afin de sortir (un peu) d’un modèle culturel qui promeut essentiellement l’accroissement de la consommation et de l’individualisme sous toutes ses formes.
Car pour nous le théâtre est cet espace social où s’invente et s’expérimente l’avenir.

Joël Dragutin


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